Programme de recherche

Les travaux du Laboratoire en équité environnementale (LAEQ) s’inscrivent dans le courant de recherche sur l’équité environnementale. Ils s’intéressent aux situations de surexposition à des nuisances ou encore de plus faible accessibilité aux éléments positifs du cadre de vie que vivent des groupes de population particuliers (définis par exemple par leur niveau de revenu, leur âge, leur appartenance ethnique). D’une manière plus générale, le programme de recherche du LAEQ contribue aux débats plus larges sur la justice socio-spatiale en géographie et en études urbaines. Il vise à enrichir les réflexions entourant la définition d’une ville juste à travers les notions de justice distributionnelle, de justice de la reconnaissance et de justice procédurale.

Pourquoi s’intéresser aux éléments positifs et négatifs du cadre de vie urbain ?

Pollution atmosphérique. Les impacts sur la santé de l’exposition aux polluants atmosphériques générés principalement par le transport routier (dioxyde d’azote, particules fines, monoxyde de carbone, etc.) sont aujourd’hui bien connus : problèmes respiratoires, problèmes cardiaques, voire augmentation de certains types de cancer.

Bruit routier. Une exposition prolongée à des niveaux de bruit élevés peut entraîner des problèmes de santé et des conséquences néfastes sur le bien-être des individus  : risques d’hypertension et de maladies cardio-vasculaires, stress psychologique, problèmes de concentration et perte de sommeil réduisant ainsi la qualité de vie des personnes surexposées.

Végétation. En revanche, les bénéfices multiples de la végétation dans les villes ont été documentés tant aux niveaux écologique, sanitaire, social, qu’économique. Elle permet d’améliorer la qualité de l’environnement urbain en réduisant les pollutions atmosphérique et sonore et le ruissellement d’eau de pluie, en contribuant à l’économie d’énergie, et en minimisant les impacts négatifs des îlots de chaleur sur la santé des populations. Sur le plan du bien-être et des bénéfices sociaux, la présence de végétation aide à réduire le niveau de stress, différentes formes de crimes et contribue à la marchabilité des quartiers ainsi qu’à l’intégration sociale des aînés, des enfants et des adolescents.

Parc urbains. Les bénéfices de la proximité et de l’utilisation d’un parc ont été largement documentés dans la littérature. Au sein de la ville, les parcs représentent des lieux privilégiés de rencontre et de socialisation, de pratique d’activités physiques, récréatives et culturelles. Ils contribuent aussi à la fois à la santé physique des individus et à leur bien-être psychologique. Concernant l’activité physique, certains auteurs ont démontré que les utilisateurs des parcs ont des niveaux d’activité physique plus élevés que les non-utilisateurs ; d’autres, qu’une plus grande proximité au parc est associée positivement à la pratique d’activités physiques. Relativement au bien-être, selon plusieurs études, notamment en psychologie, l’utilisation des parcs urbains contribuerait à réduire le stress et l’anxiété.

Ressources urbaines. La question de l’accessibilité aux ressources urbaines (commerces, services de santé, etc.) a aussi été analysée sous l’angle de l’équité environnementale afin de vérifier si les habitants des zones de pauvreté bénéficient d’une accessibilité aux ressources comparable à celle des autres habitants de la ville. En effet, l’absence ou la présence de services facilement accessibles peut faire la différence  : l’absence contribuant à exacerber la pauvreté, tandis qu’une offre généreuse de services, notamment de services publics, pouvant compenser, partiellement à tout le moins, le faible revenu des personnes.

Quels groupes de populations cibles

Les travaux du LAEQ se pencheront sur quatre groupes de population  : les ménages défavorisés, les minorités raciales ou ethnoculturelles, les immigrants récents, les enfants et les personnes âgées.

En raison de leur vulnérabilité économique, nous nous intéressons à vérifier l’existence d’iniquités environnementales en milieu urbain pour les personnes à faible revenu et les minorités raciales ou ethnoculturelles. Ce choix se justifie du fait de leurs ressources économiques plus limitées ou du phénomène de ségrégation : ils ont des choix de localisation résidentielle plus limités et se retrouvent ainsi plus souvent dans des environnements moins favorables. En outre, ces deux groupes sont plus confinés à leur milieu résidentiel puisqu’ils sont souvent moins motorisés.

La question des iniquités environnementales est moins explorée pour les enfants et les personnes âgées, ce qui peut paraître surprenant du fait de leur plus grande vulnérabilité physiologique aux éléments négatifs de leur environnement. Notons aussi que ces deux groupes de population sont aussi habituellement plus captifs de leur milieu résidentiel par suite de leur mobilité plus réduite. Dans le cas des enfants, il est largement admis qu’ils sont plus vulnérables aux conséquences des concentrations élevées de divers polluants atmosphériques puisque leurs organes et leur système nerveux ne sont pas complètement développés et qu’ils respirent davantage d’air par unité de masse. Il a aussi été démontré que le bruit routier affecte négativement leur développement cognitif pouvant entraîner un retard à la fois dans le développement psychomoteur, du langage, de la coordination et de la capacité motrice. Finalement, un niveau de bruit routier élevé affecte les capacités de lecture et de mémoire des enfants. Quant aux personnes âgées, leur capacité réduite d’immunisation contre les maladies par rapport aux adultes plus jeunes, font qu’elles sont plus enclines à développer des problèmes de santé reliés à l’exposition de concentration élevées de polluants atmosphériques et au bruit. L’absence de végétation qui contribue aux îlots de chaleur peut avoir des conséquences néfastes chez les aînés durant les périodes de canicule. Par conséquent, des auteurs considèrent que l’on devrait accorder aux personnes âgées une plus grande place dans les travaux sur la justice environnementale en raison de leur marginalisation dans la société et du fait que le vieillissement de la population devient un enjeu très important en termes de planification et d’aménagement urbains.

Notions de concentration et d’exposition

Concentration spatiale. Globalement, il s’agit d’identifier les espaces urbains présentant les plus hauts niveaux de pollution et de vérifier si, parmi la population résidente, certains groupes vulnérables – ménages défavorisés, minorités ethniques, les enfants et les personnes âgées – y sont surreprésentés. L’approche est très similaire concernant les éléments bénéfiques  : il s’agit d’identifier les espaces urbains les moins ou les plus pourvus en végétation ou en services et en équipements et de vérifier si les groupes vulnérables y sont surreprésentés. Cette approche est des plus pertinentes en termes d’aménagement et de planification urbains puisqu’elle permet d’identifier les zones affectées par les polluants et les nuisances environnementales dans lesquelles il serait possible de mettre en œuvre des mesures correctrices, de mitigation ou encore des mesures compensatoires pour les populations résidentes.

Exposition. Par contre, l’approche basée sur des mesures de concentration spatiale ne permet pas d’évaluer l’exposition réelle définie comme étant le contact d’un individu avec un polluant (atmosphérique ou le bruit) pendant une certaine période de temps. De plus, seules les mesures d’exposition permettent d’évaluer les impacts des nuisances du cadre de vie urbain sur la santé et le bien-être des populations. En outre, les calculs de concentration offrent rarement des mesures précises en fonction de l’heure et de la journée, alors que l’on sait que les niveaux des polluants varient selon ces paramètres. Au plan méthodologique, mesurer l’exposition peut s’avérer complexe et exige des moyens que peu d’équipes de recherche possèdent. D’une part, cela nécessite de construire un échantillonnage ciblé au niveau d’un ou plusieurs groupes de population. D’autre part, il faut fournir à chaque individu sélectionné des appareils portatifs mesurant l’exposition à la pollution atmosphérique ou au bruit en temps réel, et ce, sur une période de temps donnée (une semaine par exemple).

Axe 1. Concentration et distribution des nuisances et des éléments bénéfiques

Dans le cadre du premier axe, les activités de recherche du LAEQ visent à explorer et analyser au niveau intra-urbain les éléments suivants :

  • la distribution spatiale des nuisances, soit de la pollution atmosphérique et du bruit routier, et des éléments bénéfiques, soit de la végétation et de l’accessibilité aux ressources urbaines ;
  • les interrelations complexes entre les distributions des nuisances et des éléments bénéfiques ;
  • les types d’espaces en fonction des combinaisons des nuisances et des éléments bénéfiques et ;
  • l’élaboration de diagnostics multidimensionnels d’équité environnementale pour différents groupes de populations (jeunes enfants, aînés, ménages défavorisés, minorités visibles, etc.).

Il s’agira de construire des indicateurs précis sur la concentration et la distribution spatiales des nuisances et des éléments bénéfiques. Cela permettra d’éclairer la décision publique en matière de planification et d’aménagement urbains afin de concilier aménagement durable, santé et lutte contre l’exclusion.

Axe 2. Exposition des individus aux nuisances et aux éléments bénéfiques

Dans le second volet, il s’agit de mesurer l’exposition des individus aux nuisances et aux éléments bénéfiques en tenant compte de leurs pratiques de mobilité. Les objectifs de cet axe se déclinent ainsi  :

  • analyser la variation de l’exposition réelle des individus à la pollution et au bruit simultanément en fonction des motifs, des horaires et des modes de déplacement et des parcours empruntés ;
  • mettre en relation les expositions aux nuisances avec les paysages parcourus en termes de végétation, d’offre de services et d’équipements et des occupations du sol et ;
  • à partir de méthodes qualitatives, vérifier si les individus sont conscients des niveaux de pollution auxquels ils s’exposent ; s’ils développent des stratégies de mitigation en adaptant leurs pratiques de mobilité ; s’ils font des compromis entre exposition à la pollution et accessibilité aux ressources urbaines, et explorer toute autre dimension connexe.